Paris au crépuscule — Notre-Dame
Paris · France
Immigration

La France, la sécurité et une question qu’on ne peut éluder

Un regard sur la France, la responsabilité et l’ordre — de 1998 à aujourd’hui

Je suis arrivée en France en 1998.

C’était une France très différente.

Il y avait déjà le cosmopolitisme, des cultures différentes, plusieurs langues et des personnes venues d’horizons divers. Ce pays a toujours été marqué par sa diversité, et c’est aussi ce qui faisait une partie de son charme particulier.

Mais la France que j’ai découverte à mon arrivée et celle que j’observe aujourd’hui n’ont plus tout à fait le même visage.

Je n’écris ces mots contre aucune nation, aucune origine ni aucune religion.

Je ne rejette personne en raison de ses origines. Une personne ne devrait pas être définie par son passeport, sa couleur de peau ou toute autre caractéristique de ce type.

Ma question est tout autre.

Que se passe-t-il lorsque l’immigration n’est plus accompagnée de règles claires, de responsabilité et de véritables possibilités d’intégration ?

Lorsque le nombre de personnes qui arrivent dans un pays augmente, mais que les logements, les écoles, les possibilités d’apprentissage de la langue, les emplois, l’accompagnement social, le contrôle juridique et les dispositifs de sécurité n’augmentent pas au même rythme ?

Selon les données officielles, la part des immigrés dans la population française était de 7,3 % en 1999 et atteindrait 11,6 % selon l’estimation provisoire pour 2025. Ce n’est pas seulement un chiffre. Cela signifie que la responsabilité de l’État devient encore plus importante : comment organiser l’intégration, maintenir un cadre commun et créer les conditions d’une vie collective dans laquelle ni la population déjà installée ne se sente abandonnée, ni les nouveaux arrivants ne se retrouvent isolés, dans la précarité ou sans perspective ?

Pendant de nombreuses années, notamment jusqu’en 2013–2014, je me suis sentie pleinement en sécurité en France.

Bien sûr, il y a toujours eu des quartiers difficiles, de la délinquance, des problèmes sociaux et de la violence. Aucun grand pays n’est parfait.

Mais aujourd’hui, de nombreuses personnes ont le sentiment que la question de la sécurité ne concerne plus seulement certains quartiers.

Elle semble devenue plus large, plus présente dans le quotidien et plus préoccupante.

Les statistiques officielles montrent elles aussi que la situation ne se résume pas à une explication simple : en 2024, le nombre d’homicides a diminué, tandis que les tentatives d’homicide ont augmenté. En 2025, les violences physiques enregistrées ont augmenté, tandis que le nombre d’homicides est resté stable ; les tentatives d’homicide ont, elles, poursuivi leur progression.

Cela ne signifie pas que chaque acte de délinquance ou de violence doit être expliqué par l’immigration.

Une telle simplification ne serait ni juste ni exacte.

La criminalité a de nombreuses causes : la pauvreté, le trafic de stupéfiants, la marginalisation sociale, les difficultés du système éducatif, l’environnement familial, les faiblesses institutionnelles, le sentiment d’impunité ou encore des choix politiques dont les effets s’accumulent au fil des années.

Mais c’est précisément ici qu’apparaît la question que l’on ne peut plus éluder :

Qui a pris ces décisions ?
Qui a laissé les questions de sécurité, d’intégration et de contrôle de l’État passer au second plan — et dans quel but ?

Lorsqu’on aime sa famille, on pense à la protéger.

On n’ignore pas les dangers susceptibles de lui nuire.

On ne crée pas un environnement dans lequel les règles deviennent floues, les responsabilités se dispersent et la sécurité des enfants, des femmes, des personnes âgées ou des citoyens ordinaires ne reste qu’un principe affiché.

Pour moi, un pays ressemble, dans une certaine mesure, à une grande famille.

Aimer son pays ne signifie pas détester les autres.

Aimer son pays signifie assumer une responsabilité : préserver l’ordre, la sécurité, la dignité, la culture, l’espace commun et l’avenir.

L’humanité est indispensable.
Mais être humain ne signifie pas ignorer la réalité.
La compassion ne signifie pas renoncer aux règles.
Et l’intégration ne peut fonctionner lorsque l’État ne dispose plus d’une direction claire.

Cette question est particulièrement importante pour la Géorgie également.

La Géorgie est une petite nation et un petit pays, avec sa propre langue, sa culture, ses défis démographiques et une situation géopolitique complexe.

Il est donc essentiel pour nous d’observer l’expérience des autres pays avec attention plutôt qu’uniquement avec émotion.

Non pas pour nous dresser contre qui que ce soit.

Mais pour comprendre une chose simple :

Les portes d’un pays ne peuvent rester ouvertes lorsque l’État n’assume pas ses responsabilités.

Et lorsque nous observons les conséquences que certains choix politiques peuvent avoir sur une société, nous devons avoir le courage de poser des questions.

Tant qu’il est encore temps de chercher des réponses.

Tamari

Interprète français-géorgien, autrice du Guide pratique de la vie en France pour les immigrés. Installée en France depuis 1998. Elle écrit les choses telles qu’elle les voit.

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